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Patrick Perus

Portrait d’un repreneur en série.

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On associe souvent le fait d’entreprendre à un processus créatif,  à la concrétisation d’une idée insolite et révolutionnaire. Or, entreprendre, c’est beaucoup plus que cela. C’est aussi donner un nouveau souffle aux entreprises existantes, innover et performer au sein de structures déjà établies. Le repreneuriat, c’est ce que nous vous proposons d’explorer aux côtés de Patrick Perus, président-directeur général de Polycor.

Patrick Perus a repris Polycor il y a près de 15 ans. Fondée en 1987, cette entreprise québécoise qui extrait de la pierre naturelle est désormais le leader nord-américain de son secteur, avec plus de trente carrières au Québec et aux États-Unis. Polycor a connu une croissance soutenue ces dernières années, atteignant 10% par an. La vision de son président y est pour beaucoup : « on construit notre entreprise en rachetant des entreprises familiales ». Le repreneuriat est un modèle de croissance gagnant pour Polycor.

Patrick Perus est un repreneur en série. Pour lui, l’entrepreneuriat et le repreneuriat sont deux choses bien différentes. Il dit avoir choisi la voie facile et admire les entrepreneurs qui partent de zéro. Pourtant, il est conscient des défis que représente le rachat d’entreprises: « Beaucoup d’entrepreneurs sont incapables de reprendre, parce qu’ils ne savent que travailler dans un contexte qu’ils ont créé, un environnement et une façon de travailler qu’ils maîtrisent. Il n’y a pas beaucoup de gens qui savent faire les deux, entreprendre et reprendre. Pourtant, c’est la clé de la réussite pour développer l’entreprise que l’on a créé ».

Reprendre apporte son lot de défis. Pour Patrick Perus, il y a d’abord l’aspect émotionnel du rachat. Les entreprises à reprendre sont souvent des affaires familiales : «Pour l’entrepreneur, racheter son entreprise c’est comme lui arracher un bras ou lui enlever son enfant. » Il est donc primordial de comprendre son histoire et de respecter le côté émotionnel,  de ne pas gérer le rachat comme une simple transaction financière. « Il y a beaucoup de transactions qui échouent parce que les gens ne réalisent pas l’importance du côté émotionnel. Il faut prendre le temps». Le repreneur doit comprendre l’ADN de la compagnie pour bâtir dessus.  Le respect de l’héritage est fondamental à la réussite d’une reprise.

Autre défi, bien que le risque financier soit moins élevé que lors de la création d’une entreprise, les garanties à apporter sont plus grandes dans le cas d’une reprise. Il faut rapidement convaincre les investisseurs de faire confiance, et pour cela il faut performer. « On a moins le droit à l’erreur qu’un entrepreneur qui débute ». Il est fondamental d’apporter une grande attention à ceux qui soutiennent le projet financièrement. Il faut démontrer son leadership, se positionner par rapport à un entrepreneur qui a donné son identité à l’entreprise. « Moi ce que j’ai réussi c’est de respecter ce qu’ils ont construit et de les garder impliqués tout en prenant le leadership ».

Selon Patrick Perus, « les québécois sont idéalement positionnés pour reprendre et entreprendre ». Pour Polycor, il est essentiel de garder son siège social au Québec car l’ouverture culturelle et la capacité d’adaptation présentes au Québec permettent de s’entendre avec toutes les cultures entrepreneuriales.

De plus, d’ici à 2020, selon une étude du Fonds de Solidarité FTQ, 98.000 entrepreneurs devraient partir à la retraite et l’on ne compte que 60.000 repreneurs potentiels. Les opportunités sont donc là. Le conseil de Patrick Perus pour tout futur repreneur : « Prenez le temps de bien identifier les opportunités. Contrairement aux entrepreneurs qui veulent développer leur projet pour être les premiers, les repreneurs doivent prendre leur temps, attendre la bonne opportunité. Il faut se donner du temps. »